L'épisode DADvSI revient sur le devant de la scène avec une splendide mise à la rue de Richard Stallman. Qui est cet homme à qui l'on doit pourtant beaucoup et pourquoi cette loi de "confiance" prend-elle une mauvaise tournure ? La réponse dans ce billet et au bout de votre clavier ... vous !

Mise à jour (12/06/2006) : quelques liens supplémentaires en bas de page pour avoir un regard de la presse et d'autres personnes bien placées.

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Liberté, égalité, fraternité. Si la devise nationale française paraît pour certains bien loin des préoccupations actuelles, on pourrait pourtant l'affubler à la fondation FSF fondée par ... Richard Stallman. La personne la mieux à même de représenter l'ouverture d'esprit logicielle et informatique a pourtant été paradoxalement mis à l'écart par Dominique de Villepin hier, samedi 10 juin 2006, alors qu'il était censé venir apporter son point de vue sur la dangereuse loi DADvSI.

Pour mieux comprendre en quoi cet acte est grave, replaçons-nous dans le contexte.

Free Software Foundation

Ou en français, la fondation du logiciel libre (à ne pas confondre avec logiciel gratuit, j'y reviendrai). Cette fondation internationale milite pour la liberté d'utilisation des logiciels (et par extension, de l'informatique). Son éminent président, Richard Stallman, a pour credo une libre utilisation de l'outil informatique tant au niveau matériel que logiciel. Vous qui utilisez votre PC, Mac ou PDA, vous aimez pouvoir en faire ce que vous voulez ? Lire des vidéos, écouter de la musique, jouer, travailler, naviguer sur Internet et bien plus encore. Vous avez surement dû enrager quand vous avez voulu désinstaller un ou plusieurs logiciels (qui a dit Norton ?) mais celui produisait, pour une raison X ou Y, un message mentionnant qu'il n'arrivait pas à se supprimer. Et bien ça, ça n'est pas une liberté.

Le rapport avec DADvSI

Alors me direz-vous, quel est le rapport avec Stallman (américain au demeurant) et notre très française (mais pas tant que ça) loi DADvSI (qui n'est toujours pas officiellement adoptée qu'on se le dise) ? Et bien cet homme a contacté l'hôtel Matignon et son hôte du moment (Dominique de Villepin) pour l'informer qu'il serait de passage à Paris pour discuter de la loi DADvSI et des risques encourus, pétition de plus de 160 000 signataires sous le bras. Notre pays pronant la liberté et tentant de banaliser l'utilisation de verrous numériques (DRM ou Digital Restriction Management) a pourtant préféré faire la sourde oreille. Comme quoi, qu'on manifeste avec plus ou moins d'intelligence contre le CPE ou qu'un défenseur des libertés frappe à sa porte, elle ne s'ouvrira pas. Bizaremment, quand c'est Bill Gates de Microsoft qui sonne au portillon, on ouvre.

Je ne peux que déplorer ce manque d'ouverture d'esprit face à des technologies reposant justement sur des standards ouverts. Si vous naviguez sur Internet aujourd'hui, c'est parce que c'est tout un ensemble de protocoles qui ont été définis et arrêtés afin que tout un chacun puisse accéder à ce réseau et de façon gratuite ... le fournisseur d'accès, lui, faisant payer le relais entre votre maison et Internet (pour faire simple). Imaginez qu'au lieu de naviguer sur n'importe quel site, Internet soit découpé en zone et qu'il faille payer un accès en fonction de la géolocalisation de ces dits-sites ? N'ayez pas peur, ça risque peut-être d'arriver.

Alors, vous vous sentez toujours libre ?

Defective by Design

Pourtant vous ne devriez pas car la tendance est justement à l'encloisement et au verrouillage tous azimuts. La campagne defective by design lancée par la FSF et pouvant être traduit par volontairement défectueux (dès la conception) en est le timide reflet.

En fait, avant même son arrivée dans les boutiques, tout produit a déjà son cycle de vie bien tracé. C'est de plus en plus vrai pour assurer un maximum les rentrées d'argent. Tout ceci est possible grâce au concours d'invidus maléables et influençables par, disons la publicité. Vous avez bien reconnu de qui je parlais : de tout le monde. Si avant vous étiez propriétaire du matériel acheté, prenons l'exemple d'un CD audio, il y a fort à craindre que plus le temps passera et plus on achètera une "location". En clair on possède physiquement l'objet mais pas ce qu'il contient. Si avant on possédait le fond et la forme, maintenant ça sera juste la forme. Vous trouvez ça si "libre" que ça ? Moi non.

Et pourquoi les DRM iraient à l'encontre des libertés si c'est pour protéger les auteurs ? Question judicieuse et tout à fait pertinente car oui il faut bien défendre le gagne-pain des auteurs car il s'agit avant tout de leur production "intellectuelle" (pour certains j'irai pas jusqu'au stade d'intellectuel) mais c'est le verrou numérique en lui-même qui pose problème car il est intimement lié à des systèmes eux-mêmes propriétaires.

Exemple : j'ai acheté une musique sur un catalogue en ligne style Virgin Mega ou iTunes. C'est cool parce que vous avez joué le jeu en pensant gratifier l'auteur d'une juste rétribution. Et si maintenant vous pensiez ... à vous tout simplement. Dans 5 ans (et même surement avant), votre Windows XP sera devenu obsolète et ne sera plus maintenu par Microsoft. Qui vous dit que vous pourrez toujours écouter la musique si chèrement et justement payée ? Vous souhaitez la sauvegarder sur un CD pour la remettre sur votre nouveau PC ? Vous ne pourrez pas sans enfreindre le contrat d'utilisation des fichiers "légaux".

Oh et j'oubliais, vous aviez un iPod mais d'ici 5 ans, y'aura peut-être mieux ... vous ferez comment pour l'écouter ? Vous ne pourrez pas.

Vous ne pourrez pas car tout a soigneusement été étudié pour que vous ayiez le moins de pouvoir possible sur un objet que vous aurez malgré tout payé pour rester dans la légalité.

Alors, vous vous sentez toujours libre et maître de vos achats ?

Pour en savoir plus, rappels