Ce qui devait arriver arriva : il y a deux mois, la clé de déchiffrage de l'intégralité des media haute définition en circulation a été trouvée, dévoilée et publiée un peu partout sur Internet. Chaque media nécessite une clé particulière, laborieuse à déchiffrer mais cette découverte place la barre un cran plus haut en ouvrant la porte à la haute définition sur tous les supports possibles et imaginables !

Digg est un réseau social de promotion d'informations : un internaute ayant apprécié la lecture d'un article sur le Web n'a qu'à cliquer sur un lien donné pour le bonifier dans le classement de Digg. Il se trouve que cette histoire de clés haute définition est parvenue jusqu'à la une du site avec près de 15 000 votes. Enfin, plusieurs fois 15 000 votes puisque systématiquement les nouvelles étaient supprimés ainsi que le compte de leurs auteurs.

Jusqu'à aujourd'hui, jour où les utilisateurs de Digg on pris le pouvoir.

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L'éminent Tristan Nitot relate avec concision les évènements survenus sur Digg. Les évènements-clés sont les suivants :

  1. les dépêches contenant la "clé interdite" sont supprimées
  2. la direction de Digg affiche sa détermination à poursuivre son travail d'effacement
  3. les usagers redoublent d'efforts et publient toujours plus de fois et toujours plus vite des dépêches interdites
  4. la direction de Digg jette l'éponge en blâmant ses utilisateurs : si le site plonge, ça sera leur faute

C'est une première pour un réseau social de ce genre où la communauté s'autorégule malgré quelques détournements du système. Le plus incroyable est cette forte mobilisation contre un sujet très sensible : les DRM, fer de lance de l'industrie musicale pour contrôler ses _cons_ommateurs. Cette véritable frénésie a eu raison de Digg qui, de l'autre côté, était sous pression de l'autorité de gestion des licences de contenu. A l'heure où de plus en plus de plates-formes légales consentent à libérer leur contenu de leurs protections numériques, les utilisateurs font là un magnifique pied de nez à une industrie vivant dans le passé et dont le maître-mot est le profit (raison louable), peu importe le moyen d'y parvenir (ça l'est déjà moins).

Mark Shuttleworth (fondateur d'Ubuntu, la petite bête qui monte et me permet de taper ces mots librement) enfonce le clou en expliquant que certaines idées sont grossières mais tellement attrayantes que leurs détracteurs ne peuvent s'empêcher de s'y enfoncer. Il y explique quelques réalités incompressibles :

  • tout système de DRM hors-ligne tombera irrémédiablement
  • l'alternative au stockage hors-ligne réside dans la distribution de contenu en temps réel mais n'est pas équitablement profitable (sans compter qu'on n'est pas toujours relié à Internet)
  • il n'y a besoin que d'une seule copie non-protégée pour la répandre au grès du vent
  • quelqu'un trouvera fatalement un modèle économique profitable qui ne sera pas basé sur une vision antédiluvienne

Les systèmes de protection sont voués à être contournés quoiqu'il arrive. L'expérience menée par les usagers de Digg en est une excellente et involontaire illustration. On pourra toutefois y réfléchir à deux fois en se disant qu'un jour viendra où une telle situation se reproduira. Qu'adviendra-t-il alors si le mouvement suit la mauvaise direction ? C'est toute la pyramide qui s'effondre.

Où comment le pouvoir du peuple peut également l'auto-détruire s'il ne prend pas garde où il pose son pied.