L’étudiant est pauvre et incompétent

J’ai été contacté récemment par une blogueuse vivant en région parisienne. Elle cherchait à refondre l'esthétique de son blog afin de lui donner un aspect plus professionnel. Une recherche Twitter et un passage sur mon blog plus tard, elle me contacte pour savoir si je peux m’en occuper.

Où comment la recherche d’une personne de bonne volonté m’a ramené au fait qu’après la dure condition du stagiaire-salarié-payé-une-misère il y a aussi celle de l’étudiant, pauvre et incompétent de nature.

Pour les âmes sensibles, oui le titre est provocateur et reflète l’inverse de mes pensées (et de mes propos).

L’objet de la demande

Prompt à diffuser un message rapide, je me suis servi de Twitter en m’adressant en ces termes : « Si un étudiant parisien s’ennuie cet été, j’ai une refonte de blog #wordpress pour lui. Payée il va de soi. ».

Particulier à particulier

Revenons-en au contexte. La blogueuse dispose déjà d’un blog et se fait aider par un graphiste pour la conception graphique de la refonte. Reste à trouver une personne capable de décliner ce travail dans un thème WordPress, quitte à y adjoindre des plugins supplémentaires :

  • la blogueuse est un particulier ;
  • le budget est inférieur à 1000€ ;
  • le souhait est donné à travailler avec une personne proche géographiquement parlant.

Le boulot n’est pas forcément énorme mais pour un indépendant, surtout s’il a conscience de la valeur de son travail, le salaire est maigre, surtout après abattement des charges. C’est toujours mieux que rien, on est d’accord.

La seule alternative que je voyais était de payer un étudiant :

  • c’est un particulier qui le paie, il n’a pas à cotiser pour sa retraite ;
  • c’est l’occasion pour lui de travailler sur un projet externe, se faire la main et d’acquérir en expérience ;
  • ça paie les prochaines vacances, un loyer ou autre.

L’étudiant : la Cosette des temps modernes

Quelques réactions m’ont par la suite interpelé :

  • "Pourquoi un étudiant, on peut espérer moins cher ?"
  • "Parce que l’étudiant n’aurait pas les mêmes frais que le freelance ? Et il serait forcément aussi compétent ?"
  • "Qu’est-ce qui justifie de payer moins cher un étudiant qu’un freelance ?"

À la première question, à part un bénévole, je ne vois pas comment espérer moins cher. Et vous ?

Les deux questions suivantes se basent sur des postulats qui n’avaient jamais été évoqués ou sous-entendu par le tweet initial, ou partent du principe que c’est devenu une base de réalité quand on écrit le mot «étudiant» :

  • l’étudiant devrait facturer autant qu’un indépendant ;
  • la tarification dépend de la tâche/temps travaillé, et non de son statut ;
  • l’étudiant est aussi compétent que l’indépendant, mais toujours payé moins cher ;
  • quand on veut exploiter quelqu’un, c’est soit le stagiaire, soit l’étudiant – points bonus si on lui dit ouvertement.

Sans vouloir tomber dans la réponse de Normand ou en éluder sa formulation, il n’y a pas de solution unique et dépend de plusieurs critères :

  • un étudiant payé en direct n’a pas de charges à payer, juste un chèque à encaisser ;
  • une des nécessités première de l’étudiant est d’acquérir l’expérience (celle tant demandée en stage ou entretien d’embauche), si en plus il y a moyen de se faire de l’argent de poche, pourquoi pas ;
  • il n’est nulle part question d’affirmer qu’un indépendant ou un étudiant ont des compétences et un niveau de compétences identiques – il y en a probablement, mais ceux-ci ne seront pas intéressés par la mission, car pas assez rémunérée à leur goût (et c’est tout à fait compréhensible) ;
  • un étudiant voulant monnayer (régulièrement) ses compétences passera par le statut d’auto-entrepreneur et là oui, il devrait facturer autant qu’un indépendant.

Petit boulot vs. professionnalisation

Pour résumer, à somme identique, la perception de cette rémunération sera différente.

On a le cas de l’étudiant travaillant pour le plaisir/l’expérience/qui se prend pas la tête. Le ratio temps/argent sera forcément différent. Je me souviens qu’à mes tous débuts, demander 300€ à un professionnel pour un site me paraissait énorme. L’apprentissage du prix et de la confiance en soi n’est pas innée ; l’individu construit ainsi sa propre perception de la rémunération et de la valeur du travail, et celle de son savoir.

Il y a ensuite le cas de l’étudiant se professionnalisant. Il sait plus ou moins ce qu’il vaut, ce que demande le marché, tant en terme de prix que de compétences. Il intègre déjà qu’il y a un delta entre le montant de sa facture et ce qu’il percevra réellement, déduction faite des impôts et des charges.

Conclusion

Il serait quand même dommage de terminer sans parler de l’intention ; celle de la personne proposant le boulot. Pour une somme donnée, elle peut être de l’exploitation (surtout s’il y a revente à un tarif bien plus élevé et assimilation à de la sous-traitance), du beurre dans les épinards etc.

L’envers du décors est celle de la perception par l’étudiant (en généralisant, de toute personne travaillant contre rétribution) : pas cher payé mais j’ai faim donc j’y vais, bien payé parce que ça ne coûte pas trop d’efforts, sensation d’être pris pour une machine d’usine etc.

L’idéal est alors que personne n’aie la sensation d’avoir à se prostituer, que ça soit sa conscience ou son temps. De travailler en accord avec soi-même, ou de l’outrepasser si nécessité fait loi.

L’étudiant est tout sauf pauvre et incompétent. Auriez-vous procédé autrement ? N'hésitez pas à apporter vos éléments de réflexion ;-)