Conférences Web : signification et importance de la curation

La conférence DotJS s’est déroulée le vendredi 30 novembre au théâtre des variétés à Paris. L’occasion de se retrouver avec la team invincible : David Bruant, Guillaume Marty et Nicolas Chambrier !

Les différents retours publiés à propos de DotJS évoquent un « trop technique » mais surtout un « pas assez technique » font écho à mes précédentes réflexions vis à vis de Paris Web 2012.

Aujourd’hui je porte la casquette de participant, de conférencier et d’organisateur de conférence. De quoi partager un regard transversal sur les attentes de chaque partie.

Philosophie d’une conférence

L’équipe organisatrice et l’annonce de futurs conférenciers de renom ont clairement été déterminants dans l’achat du billet pour DotJS.

Les gars de Joshfire n’ont plus à prouver leurs compétences dans le domain de JavaScript. Nul doute qu’ils étaient capable de faire venir des orateurs de talent.

Leur philosophie a été la suivante :

  • une journée de conférence mono-track (mono-track FTW — chez les diçaïdors on appelle ça des plénières) ;
  • une journée de workshops ;
  • thématique dédiée exclusivement à JavaScript (et tout ce qui y a trait) ;
  • des orateurs de qualité ;
  • une grille horaire connue ; un programme inconnu.

En clair on connaissait la durée des conférences mais on ne savait pas du tout de quoi allaient parler chaque orateur.

C’était le contrat proposé.

Photo de Maurice Svay en CreativeCommons BY-SA.

Enjeux de la curation pour les organisateurs

L’absence de programme connu révèle d’autant plus l’effort de curation effectué par DotJS. C’est d’autant plus flagrant que toute la conférence a été focalisée sur les individus.Et ce, qu’il s’agisse des orateurs ou de l’assemblée réunie par une même thématique (JavaScript).

Il faut réaliser à quel point chaque élément a été calculé :

  • la reconnaissance de l’orateur par la communauté ;
  • le charisme et les talents de présentation de l’orateur ;
  • la qualité et l’intérêt du sujet ;
  • l'horaire de passage ;
  • la durée de l'intervention.

Si des organisateurs de conférence passent à côté de ça, la sensation rendue auprès du public en deviendra hasardeuse. La catastrophe n’est jamais très loin et sera difficilement pardonnée.

La curation de la conférence impacte très largement sur la perception du prix. À 50€ et peu de temps de transport, on oubliera plus facilement sur les aléas. À 250€ et beaucoup de temps de transport, la pilule passera plus difficilement.

Dans tous les cas, la curation constitue le message des organisateurs aux participants.

Enjeux de la curation pour les participants

Du point de vue des participants, la lecture factuelle d’un programme de conférence en devient piégeuse :

  • la thématique ne justifie pas le degré de technicité ;
  • le nom de l’orateur ne justifie pas le degré de technicité ;
  • le degré de technicité de l’assemblée ne justifie pas celui de la conférence.

Nous avons tous envie de ressortir grandi d’une conférence. On peut en ressortir grandi parce qu’on aura appris une nouvelle interface d’API. On peut en ressortir grandi parce qu’on aura remis en perspective notre manière de penser. On peut ressortir grandi parce qu’on aura eu confirmation d’une intuition. On peut en ressortir grandi parce qu’une rencontre entrainera une discussion, des échanges, une amitié ou des contrats.

Cette liste n’est pas exhaustive. Mais ce sont différents niveaux de lecture de la curation du point de vue du participant.

Confiance et acceptation

Alors clairement, il me parait important qu’une personne partage ce que JavaScript a changé pour elle. Parce qu’elle ne savait pas ce qu’était l’Open Source impliquant des centaines de Pull Request, des nuits entières de travail et la gestion des susceptibilités de chacun. Il me paraît plus important qu’une personne explique en quoi être le boss ne sert à rien dans des structures demandant à fonctionner davantage dans le respect mutuel des individus et de la philsophie projet que dans le respect d’un organigramme corporate.

Ces personnes auraient pu nous mettre des claques à coup de NodeJS, de Bootstrap ou de <script>bullshitBingo.generate()</script> mais elles ont décidé de nous offrir un regard sur les coulisses de ce que l’on admire. Elles auraient pu, oui.

Mais ces personnes ont décidé qu’une approche différente pouvait être bénéfique pour une majorité d’entre nous (pas pour tous, ça ne sera jamais possible à moins d’imposer la lobotomie à l’entrée des conférences).

C’est un choix assumé. Ça peut rater. Je pense à la forme catastrophique de la conférence de Mr.doob alors que cet homme a su exprimer ses formidables qualités techniques pendant les workshops.

Photo de Maurice Svay en CreativeCommons BY-SA

Conclusion

Les critiques dépendant fortement des attentes de chacun. Des fois on ne réalise pas qu’on demande l’impossible : nos attentes évoluent, le niveau de technicité voulu augmente le risque pour l’organisation.

Aujourd’hui je sais que je vais à Paris Web surtout pour rencontrer les gens. À une époque c’était pour apprendre ce que je ne lisais pas encore sur la Toile. Puis pour revoir les amis. Puis pour me sentir mieux dans mon boulot.

J’ai appris à accepter ce qu’une conférence m’imposait pour mieux l’apprécier. Je ne renie pas mon sens critique pour autant. Mais au lieu d’être trop prompt à critiquer, je suis devenu plus à même d’améliorer.