☕️ Journal : Vasectomie (2)

Je suis devant l’urologue, après 3 mois de délai de prise de rendez-vous. Je lui tends l’ordonnance de ma médecin de santé. Il me demande mon âge, puis si j’ai des enfants. Je lui réponds 38 ans, et que je n’ai pas d’enfants.

J’ai à nouveau droit au “en 35 ans de carrière, c’est la première fois qu’on me le demande”.
Je l’interprète comme un signe d’une pente qui glisse(ra) vers le refus.

Il enchaîne en disant que c’est “illégal” dans mon cas de figure, et qu’il doit s’en référer au conseil de santé de l’hôpital. Qu’on ne peut pratiquer la vasectomie que pour des “raisons médicales”. Les raisons médicales étant :

  • sa partenaire/une de ses partenaires n’est pas en mesure de prendre de contraceptifs hormonaux/chimiques ;
  • avoir déjà eu des enfants.

La conversation s’arrêterait là si je ne lui présentais pas mes motivations — mon envie de prendre en charge la contraception, corrélé à une forte diminution de mon désir d’enfant.

L’urologue m’indique qu’ils ne pratiquent que la vasectomie avec sectionnement (irréversible). Il ne pratique ni la ligature (réversible, probabilités de stérilité importante), ni le bouchons déférentiels (réversible, probabilités moindres de stérilité).

Il me demande si je suis sûr de ne pas vouloir d’enfants. Que peut-être plus j’en voudrais. Je lui réponds que peut-être un jour j’en voudrais, et que le délai de réflexion de 4 mois va m’aider à éclairer cette prise de décision. Et que j’en accepte les conséquences.

Il finit par me livrer une anecdote personnelle, pour illustrer le “peut-être avoir envie d’enfant plus tard”. Lui a déjà des enfants, et pensait ne plus en vouloir. Puis sa compagne a arrêté de prendre la pilule, et est tombée enceinte.

J’étais scié par l’absence de consentement, et que ça soit utilisé comme un exemple de plus pour refuser implicitement ma demande.

Il termine en me disant qu’il me rappelle la semaine prochaine pour me confirmer la décision du conseil de santé du service urologie.

Ça a duré 10 minutes.
Je n’ai jamais reçu de réponse.


C’est le deuxième professionnel (homme cisgenre) de santé qui se braque, et ne peut s’empêcher de transposer sa vie/conceptions personnelles dans ma demande.

J’ai l’impression d’avoir un léger aperçu de ce que peuvent subir les femmes face à un corps médical peu réceptif, et qui assoit une vision rigide des choses.


Je repasse par la case médecine générale, ordonnance et plusieurs mois d’attente avec un autre service d’urologie pour obtenir un nouveau premier rendez-vous.