L’année débute tout juste. La fatigue du réveillon n’éclipse pas l’envie de prendre la plume pour dresser un bilan et orienter le regard vers l’avenir, vers demain.

Il se sera passé beaucoup de choses en 2012. Beaucoup de joie. Beaucoup d’énergie. Beaucoup de souffrance aussi, les dernières semaines.

2013 sera vérité : la révolution extérieure, la consolidation et le collectif.

Continue reading

La désillusion Dijiwan

L’épicentre de la souffrance se révèle lorsque le premier chèque de salaire émis par la société Dijiwan se retrouve impayé. On est alors au mois de juillet 2012.

Interlude historique : Dijiwan SAS est créée fin 2011. Je participe à la création de la SAS en portant la responsabilité technique du projet et en apportant 6% du capital social. La pertinence du projet, l’apport d’un investisseur (capital et apport d’affaires) ainsi que nos CV nous aident à boucler un amorçage auprès d'OSEO et du fond Innovation de la Région Aquitaine. Je monte une équipe de choc, l’encadre, participe aux développements afin d’augmenter la qualité des livrables de l’agence, afin d’améliorer la productivité et de délivrer des tableaux de bords visuels à nos clients.

Juillet 2012 : les caisses sont (déjà ?) vides, donc. L’épicentre.

S’ensuivent les phases de mortification où le corps se putréfie : promesses, promesses et promesses. On prend les devants en septembre puisque les salaires ne tombent pas, parce que la confiance et la communication sont rompues depuis trop longtemps.

À 29 ans révolus, j’engage alors mon premier avocat d’affaires ; pour représenter notre collectif devant le Tribunal de Commerce. Si je l’avais engagé en 2010 au moment d’établir le pacte d’associés, nul doute que rien de tout ceci ne serait arrivé.

Les choses suivent leur court. Début décembre 2012, mise en redressement de la société Dijiwan (on n’a toujours pas touché nos salaires à ce stade). Il y a justice en son temps. Mais la Justice a son propre temps, incomparable avec celle du quotidien d’un être humain. Surtout s’il a besoin d’argent pour vivre. Et qu’il n’est pas payé.

Épreuve en cours. La distance est prise désormais. Les apprentissages sont nombreux : la confiance d’une équipe, gestion humaniste d’une équipe, droit des affaires, solliciter les bonnes personnes et demander de l’aide. Un produit aussi bon soit-il, sans client, ne vaut rien. Une entreprise scalable a également beaucoup plus de chances de s’en sortir : on devrait pouvoir générer plus de revenus sans forcément nécessiter une embauche. J'y reviendrai dans un autre article, lié aux Startup Week-end et consorts (ça plaira à François ;-)).

Dans cette histoire, le code informatique n’est rien. Bien indenté, mal indenté, 48 couches d'abstraction ou non, PHP, Python ou JavaScript … il doit surtout pouvoir évoluer au rythme de l’entreprise. Il doit avant tout être robuste au lieu d’être parfait. Car il sera jeté et sûrement réécrit à mesure que l'organisme évolue.

Retour à la réalité : qui suis-je ?

Épicentre car les secousses font mal là où on ne s’y attend pas.

Pas trop pendant la phase juridique. On se soutient. On est rassemblé.

Pas mal pendant la difficile phase de travail 14h par jour, parce qu’il faut payer son loyer et un avocat. Et ensuite manger. Premiers chocs. Liés à la fatigue surtout. Sensibilité accrue au sentiment d’injustice, de la latence.

Beaucoup quand le rassemblement est dépassé par le quotidien : les vies reprennent leur cours, il faut travailler. L’abscès reste encore increvé. Les discussions de vestiaires manquent. L’équipe manque. Les personnes manquent. Les bons moments aussi. Surtout.

Le pire se produit pourtant après, de manière inattendue.

Quand on se demande ce qu’apporte de vouloir faire de la qualité quand en face, elle ne semble pas intéresser … du moins pas au prix que l’on affiche. Quand on se demande à quoi sert l’éthique si on doit ramer tous les jours au lieu d’être un consultant du dernier buzzword à la mode avec un salaire multiplié par 4. Quand on se tient en apnée, en attendant, parce qu’on n’a plus d’argent, qu’on doit renoncer et qu’on en finit par croire qu’on ne peut plus rien faire car disposant de (trop) peu.

Ces pensées sont l'occasion de saluer Scopyleft, coopérative éthique et intelligente. Je ne peux que soutenir leur démarche.

Accepter de jouer avec les règles du jeu

Quand le monde entier est devenu un problème qu’on n’arrive plus à gérer, c’est le moment de prendre le problème à l’envers. Think out of the box nous soufflerait notre fée dans un jeu vidéo, histoire d’éviter qu’on tourne en rond indéfiniment en pestant contre sa manette — des fois qu'elle ait une âme décidée à nous empêcher.

Je réalise que je me suis éparpillé, que je ne suis plus identifiable. Je suis consultant, développeur ou CTO ? En poste, freelance ou avec un carnet de commande plein ? Le monde extérieur n’en sait rien et c’est bien là le problème.

Des heures de discussion avec des personnes brillantes, d’une patience infinie, au moins égale à la reconnaissance que je leur voue. Des heures pour en arriver à :

  • accepter de rentrer dans une case, parce qu’il le faut pour être identifiable ;
  • accepter ce que je suis : un trouveur de solution ;
  • accepter ce que j’aime : javascript et les technologies Web ;
  • assumer mes points forts : idées, pragmatisme, catalyseur de forces humaines, pensée orientée utilisateur, capacité d’apprentissage, compréhension transversale des problèmes et de leurs implications.

Pour afficher cette cohérence, l’identité du blog a été refondue pour s’intégrer naturellement avec mes prestations professionnelles : expertise, formations et conférences.

Poursuivre dans mes choix de vie

Cohérence toujours, 2012 aura été celle des réussites dans l’accomplissement de mes choix de vie :

  • j’ai vendu ma voiture et ne me déplace plus qu’en transports en commun, à pied, à vélo, en covoiturage ou en train ;
  • j’ai déménagé près de mon (ancien) lieu de travail, réduisant mon temps de trajet tout en étant dans un emplacement stratégique pour mon activité d’indépendant ;
  • mon alimentation repose quasi-exclusivement sur un circuit court, du producteur au consommateur — raisonné et issu de l’agriculture biologique de surcroît.

J’ai envie d’étendre le « local » au non-alimentaire, d’utiliser une énergie à faible coût empreinte écologique (bois et électricité 0% nucléaire entre autre) et de continuer à offrir des sourires dans la rue, parce que ça me fait plaisir.

Pratique photographique accrue

Une année de plus à pratiquer la photographie, à apprendre et à l’utiliser comme moyen d’expression.

Une révélation : Edward Hopper au Grand Palais. J'ai vu dans ses peintures, dans son parcours et dans son œuvre ce qui me touche émotionnellement en regardant mes propres photos. L'attente. Les individus. L'invisible. La géométrie. Ce qui se trouve hors du cadre. Ce qui s'ignore.

Ça aura été l’année de mes premières séries :

  • Bohème — 5 photos argentiques, moyen format en noir et blanc ;
  • Hitchhicking in Iceland — 22 photographies numériques sur le voyage en Islande en auto-stop (on devrait importer leur gentillesse, leur simplicité et leur prévenance) ;
  • Living Animals — instantanés numériques sur des animaux morts ;
  • Same Place, Every Day — instantanés numériques d’un même lieu, chaque jour de l’année (25ème cliché en ce 2 janvier).

Plusieurs publications aussi : une affiche d’évènement, quelques illustrations de livres et ma première exposition. Je constitue mes propres cartes postales quand cela s’y prête ; signe d’auto-satisfaction … d’acceptation ?

Je ressens aussi le besoin de rompre l’isolement. J’ai rejoins un collectif fort sympathique et ça me fait déjà le plus grand bien ; entre autre parce que sont des gens biens, stimulants et sains.

Conclusion

En 2008, une carte de vœux me signifiait ceci :

Cher Thomas,

Je te souhaite une excellente année 2008. Je crois que tu es lancé, et que tu iras loin.

Ça y'est, c'est fait, je suis lancé et je ne me le cache plus à moi-même.

En 2013, on va continuer à apprendre, découvrir, discuter, voyager, s’émerveiller, partager, tisser, nouer, défaire, refaire, rejoindre. Plus que jamais, la force du groupe soudé par des valeurs communes et un respect mutuel aura toute son importance.

Je suis disponible. Maintenant. Pour parler, échanger et travailler.